Alexis de Spa

26 mars 2010

L'héroïne

Personal_artwork_blue2

Je m'essaye à l'illustration ;-)

Posté par alexisdespa à 18:23 - Illustrations - Commentaires [4] - Rétroliens [0]


22 janvier 2010

© Chapitre 1 : Acte 1


BRUXELLES-LA-MORTE

I


Je me souviens encore de cette matinée automnale où je décidai pour la première fois de ne plus succomber au poids de mon existence. Les rues étaient désertes et le souffle du destin caressait déjà nos maisons ; les écrans des ordinateurs illuminaient les rues d’un brin de paillettes bleutées. Et je me souviens avoir pensé que ce vingtième siècle technologique pouvait se révéler féerique si le cœur y mettait du sien. Je sortis de chez moi par une toute petite porte métallique dont les gons grinçaient furieusement, dévalai les quelques marches et me promenai la tête libre, le cœur léger, les yeux gais d’une nuit apaisée de rêves vides de sens ; je flottai dans les rues sur la mélodie puissante de La foule de Piaf, dans le rythme des dalles que je ne pouvais toucher qu’avec un seul pied car l’autre en était déjà complètement imbibé. Et dans ces rues désertées par la présence humaine je compris pour la première fois ce que je n’aurais peut-être jamais compris autrement et plus tard : si Edith Piaf chantait la foule ce n’était pas pour nous parler de la foule mais de cette chose qui emplit les rues, les maisons, les villes et les cœurs : l’Amour. Ca m’est venu comme ça, comme une révélation, comme un éclair d’intelligence en face d’une chanson que j’écoutais depuis des années et qui m’était en réalité complètement étrangère. Elle revoit la ville en fête et en délire suffocant sous le soleil et sous la joie, et elle entend dans la musique les cris les rires, qui éclatent et rebondissent autour d’elle. Or, comment cette enfant, qui venait de la rue et des maisons closes, qui connut les pires maladies physiques et psychiques, pouvait-elle se réjouir en se remémorant un monde factice de rues en fête et de gens en délire ? D’ailleurs, perdue parmi ces gens qui la bousculent, étourdie désemparée, elle reste là, car où voudriez-vous qu’elle aille, elle, si étrangère à tout cela ? C’est seulement quand soudain elle se retourne et qu’il se recule, que la foule vient la jeter entre ses bras. Je réécoutais ces quarante-cinq premières secondes en boucle et je me disais : « mais rien n’est censé dans ce passage ». Ce n’était ni logique, ni approprié, ni merveilleux. Et malgré tout, il y avait quelque chose de transcendant dans cette mélodie, dans ces paroles, quelque chose qui faisait chavirer mon cœur, et dans cette chose, je me réfugiais aux moments les plus pénibles.

Moi non plus, je n’ai jamais aimé la foule et les paillettes du succès, je n’ai jamais voulu être une star, adulée, bousculée parmi des gens en furie. Puis j’ai repensé à ce cours que j’avais eu autrefois, un cours de littérature je crois, au cours duquel le professeur avait disserté sur le phénomène de « foule ». A la limite de la psychologie et de la sociologie, l’analyse des phénomènes de foules, de masses, s’était avérée passionnante et je me rappelle avoir parcouru quelques textes d’auteurs renommés, qui exprimaient toute la puissance de la foule, et surtout, son identité. Je me souviens que le professeur nous éclaircissait sur cette identité spécifique, totalement distincte de la somme des identités individuelles qui la composent, et il relevait les points importants dans chacun de ces textes tout en soulevant l’aspect métaphorique de ceux-ci. La foule ne représente-t-elle pas le côté inconscient de chacun d’entre nous ? Ne permet-elle pas de libérer des sentiments inconnus de nos vies banales ? J’étais sortie de ce cours toute songeuse et enivrée en même temps, et lorsque je suis arrivée chez moi, j’avais eu ce sentiment étrange que la foule représentait une entité à part entière mais supérieure à ce qu’on lui attribuait souvent, quelque chose de plus grand, de plus haut de plus important. Et bien que j’écoutais déjà Piaf à l’époque, je n’avais pas relié les deux éléments entre eux. Ce petit matin d’automne pourtant, je le réalisai et je le compris. Emportés par la foule, dit-elle, une foule qui nous traîne, nous entraîne et nous écrase l’un contre l’autre. Qui est l’autre ? Un inconnu ? Non. L’autre c’est celui qu’on attend, c’est l’être aimé s’il n’est pas encore là, c’est l’ami, c’est la mère, c’est la main tendue dans la foule, c’est la main tendue dans le vide, c’est l’Amour. Et si l’un et l’autre ne forment qu’un seul corps, c’est parce que ce corps là est le corps attendu, l’union espérée, le lien qui nous unit à l’Autre. Le flot, c’est ce qui nous pousse enchaînés l’un et l’autre et nous laisse épanouis, enivrés et heureux ; c’est ce qui danse une folle farandole. Oui, ce matin là, dans le néant des rues citadines, la foule m’a sauté au visage, le flot a pénétré mon cerveau et a activé les quelques clés endormies qui permettaient de comprendre la puissance des mots, des mélodies, d’une chanson, qui permettaient de comprendre Piaf et de me comprendre moi.

Ce matin là, il était bien trop tôt pour crier ma révélation au monde, et bien trop tard pour en rêver. Il était précisément ce moment de la journée où les idées jaillissent mais où les actes se reposent, où il serait préférable de dormir aussi parce que des idées, on ne peut rien en faire. Alors je me suis mise à chanter, valser, tourbillonner, je me suis mise à flotter dans cet air léger et à écrire avec ma ronde de pas ce que je voulais dire au monde entier. J’ai traversé les rues emplies du parfum délicat des boulangeries, les senteurs des croissants et des baguettes, et ce parfum là, c’était le parfum de la farandole. Une petite fille arrivait en courant, quelques pièces dans la main, le visage à peine éveillé. Elle me frôla et je sentis sur son passage l’odeur de ses cheveux, l’odeur des draps de l’enfance, du baiser maternel, l’odeur de la paix intérieure. J’hésitai à la suivre dans la boulangerie, à lui parler, à lui faire écouter ma chanson ; mais je me suis dit que rien ne pouvait sembler plus faux que de révéler à l’enfance ce que l’âge mûr construit. Il y avait à la fois un décalage et une complétude dans la présence de cette petite fille à ce moment-là de ma construction personnelle. Alors je me suis écartée, j’ai enlevé mes écouteurs et j’ai continué mon chemin.

© Alexis de Spa

Posté par alexisdespa à 16:20 - Chapitre 1 - Commentaires [17] - Rétroliens [0]
Tags : , ,

14 novembre 2009

@ Préface

Vous vous retrouverez peut-être dans ces quelques lignes parce qu’elles seront si douces qu’elles vous rappelleront ces rares moments où vous vous sentiez bien avec vous-même ; elles vous rappelleront peut-être votre enfance, peut-être un amour perdu, un espoir caché, un instant abandonné. Vous rencontrerez peut-être dans ces quelques paragraphes cette partie de vous-même que vous dissimulez parce que vous n’avez pas le courage de la vivre, parce qu’elle vous fait peur, que vous ne savez pas la contrôler. Vous n’avez pas le courage de lui dire oui et de vous enfermer dans votre chambre, le soir, de vous regarder dans le miroir comme on regarde à travers soi, heureux d’être vous et d’avoir vécu ce que vous vivez chaque jour. En assumant qui vous êtes jusqu’au plus profond des recoins cachés, des petites cellules quasiment invisibles qui vous rendent vous, sans complaisance.

On dit souvent « je suis ce que je lis » parce qu’indubitablement les lectures influent sur nous au jour le jour autant que notre éducation, que notre conjoint, que nos collègues, que nos amis. Ce que nous lisons façonne nos points de vue et jusqu’à notre manière d’être et de parler. Mais on dit tout aussi bien « je lis ce que je suis » pour signifier que le sens d’un mot correspond à l’interprétation que l’on donne à ce mot, interprétation personnelle de ce sens car chaque signifiant est lié à la structure profonde de notre être, de notre existence, de notre passé et de notre expérience. Chaque mot, chaque phrase de n’importe quel texte littéraire rebondit sur chacun de nos souvenirs, puisant en lui une puissance et une orientation singulière. Mais si moi je vous disais, dans la même lignée de ce qui vient d’être expliqué, que j’écris ce que je suis et que j’écris ce que je lis, me comprendriez-vous ? Non je ne suis pas un écrivain inné. Non les mots que j’utilise ne tombent pas du ciel et la syntaxe qui est la mienne n’est en réalité que le doux équilibre de toutes les syntaxes des textes que j’ai lus dernièrement et toutes mes idées ne sont pas des esquisses pures de mon imagination, sinon des réalisations spontanées de sentiments et d’opinions emmagasinés depuis quelques temps pour certaines, depuis des dizaines d’années pour d’autres. De telle sorte que, si moi j’écris ce que suis et ce que je lis, et que vous, de votre côté, vous lisez ce que vous êtes et vous êtes ce que vous lisez, finalement vous êtes un peu de ce que je suis, tout en l’adaptant à votre propre microcosme spirituel. Et vous le lecteur, et moi l’écrivain, nous nous trouvons dans une symbiose particulière que vous seul finalement pouvez saisir, car moi je n’ai pas de retour de vos réflexions et même s’il y a retour, à travers une lettre, un commentaire, un coup de fil, ce retour ne sera que le pâle reflet de cette symbiose.

 

Mais si jamais plus aucun livre ne correspond à notre personnalité, à notre émotion, notre intimité, si plus aucun roman ne répond aux attentes de notre structure, que faire ? Si toutes nos tentatives de lectures sont déçues et que tous ces textes couronnés des plus grands prix littéraires nous paraissent tous aussi ternes les uns que les autres. Si ces lectures nous font l’impression de divertissements télévisés et que chaque phrase nous paraît factice, que la tête même de l’auteur ne nous revient pas et qu’on a ce sentiment douloureux que le métier d’écrivain n’existe plus et que ceux qui se proclament de la sorte sont marqués par un tel désir de réussite, d’argent, de marginalité ou de notoriété que nous ne parvenons plus du tout à lire leurs textes. Si enfin, il nous semble que les derniers grands écrivains décèdent et que ceux qui restent s’adressent à des téléspectateurs plutôt que des lecteurs, que faire ? Faut-il se plaindre et se réfugier dans les auteurs anciens, les classiques, les antiques, source pourtant épuisable et répétitive de l’histoire littéraire ? Faut-il cesser de lire et se tourner vers autre chose ou vers rien ? Le grand néant de la lecture comme aboutissement d’une société pourrie de l’intérieur et qui atteint son dernier stade de dégénérescence. Ou peut-on alors, simplement et tendrement, décider de prendre la plume et de parer soi-même à ce grand néant ?

 

C’est pourquoi je vous demande de profiter de cette place géniale qui est la vôtre, de saisir ce moment délicieux où un texte littéraire vous prend aux tripes et que vous avez l’impression, sûrement infondée, de rentrer en adéquation parfaite avec votre écrivain préféré, ce moment où vous avez l’intime conviction que celui que vous lisez parvient parfaitement à rendre compte de vos sentiments, de vos idées, ou plus généralement de la condition humaine. Je vous demande de ne pas lire ce que je vous propose ici comme ce que vous avez lu jusqu’à présent ; je vous demande d’ouvrir vos multiples potentialités et de permettre à toutes ces cellules qui vous constituent de profiter du texte ; de permettre à tout votre esprit de considérer ce texte. Car si le texte est mauvais, autant que tout votre être en soit persuadé. Et s’il est bon, que vous puissiez jouir de son infinie profondeur.

@ Alexis de Spa

Posté par alexisdespa à 18:34 - Préface - Commentaires [12] - Rétroliens [0]
Tags : ,

Compteur gratuit

Intéressé(e) par une traduction de mon roman ?

Contactez-moi

Alexis de Spa

Create Your Badge

Posté par alexisdespa à 17:38 - Comment ça marche ? - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

Les règles du "jeu"

C'est très simple !

 

Au début, j'attendrai d'avoir obtenu 31 votes pour décider de la continuation ou non de l'histoire.
Ensuite, je ferai au prorata des abonnés du site.

Trois choses que vous pouvez donc faire dès à présent :

  • Voter ! ;
  • Vous abonner à la newsletter, afin que votre vote soit toujours attendu;
  • Vous inscrire au flux RSS, encore appelé "syndicat", qui permet de recevoir une alerte lorsqu'un nouveau message est posté.

Merci pour votre participation !

AdS

Posté par alexisdespa à 17:08 - Comment ça marche ? - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : ,